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Cocoon invente le refuge urbain pour les sans-abri

935765_60207996Qui ne s’est jamais senti désemparé face à un sans-abri croisé en rentrant chez soi tard le soir ou par une journée pluvieuse ou froide (alors qu’il y a en fait autant de sans-abris qui meurent l’été que l’hiver…). Vouloir faire quelque chose, mais ne pas savoir quoi. Appeler le 115 ? Apporter une couverture ou quelque chose à manger ? Une goutte d’eau dans l’océan… Et rentrer chez soi avec le sentiment d’impuissance face à un immense gâchis.

Si vous faites parti de ces personnes, alors Cocoon est pour vous ! L’opportunité de pouvoir enfin faire quelque chose de concret et pérenne pour aider des sans-abris à sortir de la rue…. Mais avant de vous en dire plus, laissez-moi vous donner quelques chiffres…

Il y a en France 141 500 sans-abri selon  l’INSEE (2012), 250 000 selon la FNARS (source) . Un de plus toutes les 45 minutes (selon l’INSEE la population SDF a plus que doublé en 10 ans…) ! On a tous entendu ces histoires de vie qui basculent au détour d’un divorce, d’un licenciement ou encore d’une maladie, de ces personnes qui travaillent le jour, emportant leur maison sur le dos, et dorment dans la rue ou leur voiture la nuit… car, contrairement aux idées reçues, 1/4 des SDF a un emploi, ceux que l’on appelle les travailleurs pauvres (source : INSEE, « L’hébergement des sans-domicile en 2012 »).

Des dispositifs d’accompagnement des personnes en difficulté existent pour pallier à l’urgence… mais peinent à les sortir de la rue.

Depuis l’action de l’association des Enfants de Don Quichotte au canal Saint Martin en 2007 et le rapport PINTE sur le mal-logement, des dispositifs ont été créés pour coordonner l’accompagnement des personnes, notamment avec la mise en place des Services Intégrés d’Accueil et d’Orientation (SIAO) depuis 2010. Leur mission : coordonner les dispositifs d’urgence, d’hébergement et d’insertion pour les personnes en difficulté (voir schéma ci-dessous). Il y a donc bien une politique d’accompagnement de ces publics, on est rassuré… ouf… sauf que….

Schema2

Sauf que bien souvent, la seule solution qui est proposée est l’hébergement d’urgence en foyer… Approximativement deux milliards d’euros sont dépensés chaque année (rapport d’évaluation de la Cours des Comptes en 2011 sur la politique publique de l’hébergement des personnes sans domicile), soit 75€ par personne accueillie et par jour. Un dispositif qui coûte cher… pour une efficacité plus que limitée ! Car de nombreux SDF refusent d’y être hébergés. En cause : la promiscuité, le bruit, l’impossibilité de déposer ses affaires quelque part la journée, l’impossibilité de garder son animal, le sentiment de devoir se justifier… (source : Enquête Médecins du Monde, mars 2014 – Etat des lieux et parcours des personnes sans domicile fixe dans 5 villes de France) Et finalement la dégringolade, avec au bout : la rue, la perte de son emploi, de ses liens sociaux, de son identité…

Et pourtant, avoir un endroit propre, à soi, où se reposer, se laver est et reste pivot dans la lutte contre l’exclusion ou en faveur de la réinsertion de ces personnes. C’est de ce constat, simple, qu’est né « Cocoon, un abri pour les sans-abri ».

Le droit à l’intimité, socle de la réinsertion…

Le premier objectif de Cocoon est donc de fournir aux sans-abri un refuge urbain. Ce refuge consiste en un module qui, d’extérieur, ressemble à un kiosque à journaux et est divisé, à l’intérieur, en deux ou trois unités de vie. Chaque unité dispose d’un lit, d’une table, de nombreux rangements, d’un point d’eau et d’un espace permettant d’accueillir un animal, La personne abritée, choisie pour « sa capacité à retrouver un logement », devient un(e) Cocooné(e) en signant une charte de bonne conduite. Il (elle) pourra alors avoir un chez soi, une intimité,  sans règles communes, ni espace partagés, dormir tranquillement (chaque unité est individuelle, insonorisée, sécurisée) sans se préoccuper des aléas climatiques (Cocoon est chauffé et climatisé), laisser ses affaires (accessible 24h/24, 365j/365) le temps nécessaire (reconductible sur du moyen terme). Cet hébergement – volontairement limité dans le temps – est une étape de responsabilisation entre la rue et le logement car il permet en effet à la personne  d’exister, d’être visible, mais dans la dignité, sans être exposée, ni avoir besoin de se cacher.

Les « cocooners », véritable levier de réinsertion !

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Aspect extérieur d’un Cocoon

Reproduction modélisée de l'intérieur d'un cocoon et photographie du prototype

Reproduction modélisée de l’intérieur d’un cocoon et photographie du prototype

La seconde spécificité de Cocoon est de construire, autour de chaque « Cocooné » (personne hébergée dans le cocoon), une communauté d’aidants, les « cocooners », des bénévoles en charge d’accompagner humainement et administrativement le « cocooné » dans sa démarche de réinsertion. Ces cocooners ne se substituent pas aux travailleurs sociaux mais s’inscrivent en complément de leur intervention, accompagnant le cocooné dans la durée, pour concrétiser les pistes de réinsertion proposées. Bien souvent, en effet, les personnes n’ont pas les moyens, la force, ou encore les connaissances pour ne serait-ce qu’exercer leurs droits. Près d’un tiers des bénéficiaires potentiel du RMI ne le demandent pas. Il en va de même pour la CMU, la Couverture Médicale Universelle (Source). Je vous laisse consulter le formulaire de demande de la CMU et imaginer si une personne désocialisée est en capacité de le remplir… . Alors construire un projet personnel et professionnel…

Personnellement, je trouve cette approche extrêmement sensible : recréer autour de ces personnes fragilisées et exclues une communauté de soutien est symboliquement fort du changement de regard que l’on peut avoir sur les SDF et sur leur place dans la cité. D’exclues, elles deviennent portées par la collectivité. Je la trouve, en outre, extrêmement innovante : si les pouvoirs publics, au travers des professionnels de l’accompagnement, apportent des solutions, les concepteurs du projet Cocoon ont bien compris que, seul, le SDF avait peu de chance de les saisir et qu’il fallait reconstruire autour de lui un véritable cocon tant physique que social pour lui permettre de redevenir papillon… Action publique et privée se complètent.

Et si vous faisiez partie de la « Cocoon Family » ?!

Je suis sûre qu’à ce stade de votre lecture, vous crevez d’envie de vous impliquer dans ce projet ! Cela tombe bien car les porteurs du projet, Alain et Jérôme, ont besoin de votre aide ! Et de plein de façons différentes.

Aujourd’hui, le projet est quasiment finalisé et un prototype technique (le Cocoon) et organisationnel (le rôle et fonctionnement des équipes de Cocooners) a été conçu. Il faut maintenant le tester. Avant d’envisager le lancement. Cela se passe à Montpellier (il se passe plein de choses à Montpellier ;-)) et ils cherchent des personnes motivées pour co-construire l’accompagnement. Vous pouvez les contacter directement : cocoon-project@sfr.fr

Ensuite pour financer et organiser la diffusion des Cocoons et capitaliser les bonnes pratiques. Pour cela, ils sont en train de créer la « Cocoon Family », association à but non lucratif et d’intérêt général, qui regroupera tous les acteurs privés et publics, personnes ou organisations qui souhaitent contribuer personnellement ou financièrement au projet et fédérera les organisations locales de Cocooners. L’occasion, aussi, de vous investir si vous êtes une entreprise, une fondation, une école…. Là encore : cocoon-project@sfr.fr

cocoon family

Représentation schématique du fonctionnement de la Cocoon Family

Enfin, n’hésitez pas à rejoindre leur page Facebook si vous souhaitez rester informé(e) des avancées de ce projet et de l’arrivée éventuelle d’un projet Cocoon dans votre ville. Pour ma part, je suis déjà fan !

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2 Responses

  1. CHALAND says

    Formidable idée entendue sur France Inter le 8 avril à midi. Comment vous faites pour les branchements d’eau et les EU ? Cela ne va-t-il pas être un problème crucial vis-à-vis des communes d’accueil ? C’est une question que je m’étais posée en écoutant l’interviewé.

    • La Tribu says

      Le plus simple est de contacter directement les porteurs du projet !