Tribu Solidaire

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Coup de projecteur sur …Afghanistan Libre

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Notre « Coup de Projecteur » de cette semaine est consacré à Afghanistan Libre, une association luttant pour la restauration de la dignité des femmes afghanes et de leurs familles. Je vous avoue que je ne sais pas trop par où commencer cet article, tant les angles d’attaques possibles sont nombreux ! Dois-je commencer par vous parler de la situation de ce pays en guerre depuis plus de 40 ans? De l’intolérable condition des femmes là-bas? Du taux d’analphabétisation, parmi les plus élevés au monde? Je crois plutôt que je vais reprendre les mots de Chékéba Hachemi, fondatrice et présidente de cette association lors d’une interview donnée à TV5 Monde en Mars 2013, pour vous raconter l’histoire du premier centre d’éducation à la santé construit par Afghanistan Libre :

« (…) J’étais dans un village afghan, et il y a une femme qui est venue vers moi – une femme un peu édentée, sachez qu’en Afghanistan au-delà de 30 ans on ne donne pas d’âge à une femme tellement elles sont marquées par la vie – et (…) qui me dis « je crois que je suis enceinte! » (…) et là je lui dis quand même « mais quel âge tu as? » « Ben je sais pas, 30, 40, 50″… Ce n’est pas une exagération, elle ne savait pas l’âge qu’elle avait! (…) et je lui dis « non je crois pas quand même… mais comment tu peux me dire? » et elle m’explique qu’en fait elle n’a plus de règles et qu’elle a des bouffées de chaleur… je lui explique que c’est la ménopause. Et savez-vous que dans ce village, personne ne savait ce qu’était la ménopause, parce que l’espérance de vie en Afghanistan est de 40 ans pour les femmes? (…) C’est une culture de transmission, pendant la guerre c’est la survie, donc on a pas le temps de transmettre les informations. Donc aucune femme n’était arrivée à cet âge là et aucune femme n’avait pu expliquer à ses filles ce que c’était que la ménopause. Et là elle me regarde et elle me dit « donc tu penses que je suis devenue un homme?! »… C’est de là qu’est parti le premier centre d’éducation à la santé. (…) ».

Cette ONG ayant reçu le Prix des Droits de l’Homme de la République Française en 2012 est donc un symbole d’espoir pour ces femmes, et Chékéba Hachemi, sa présidente, est dotée d’une force de caractère et de conviction comme on en rencontre peu. Auteure – entre autres – du livre « L’insolente de Kaboul », paru aux éditions Anne Carriere en novembre 2011, elle fut la première femme afghane diplomate et lutte aujourd’hui aux côtés de son association pour son pays ravagé par 40 ans de guerre, mais aussi et surtout pour changer le fait que d’après l’ONU, l’Afghanistan est le pays où il fait le moins bon vivre pour les femmes.

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Chékéba Hachemi, Présidente et fondatrice d’Afghanistan Libre

Un contexte répressif extrême

Le régime taliban – mouvement islamique extrémiste offrant une interprétation radicale des textes sacrés – arrivé au pouvoir dès 1994 stoppa net l’élan de développement pourtant observé depuis de nombreuses années. Toute liberté individuelle supprimée, les femmes devinrent alors source de péché et  il leur fut radicalement interdit de se scolariser, d’exercer une quelconque profession, ou encore de sortir sans être accompagnées par un homme, sous peine d’être humiliées, battues, violées, ou encore lapidées en place publique. Prisonnières de leur foyer, bafouées dans leurs droits humains les plus élémentaires, les femmes afghanes voient pourtant une lueur d’espoir renaitre avec la chute du régime en 2001, et la mise en place d’une nouvelle constitution leur reconnaissant les mêmes droits que les hommes en 2004.

Mais les stigmates sont encore visibles aujourd’hui, et leurs droits, bien qu’officiellement reconnus, ne sont pas effectifs dans tous les domaines, et particulièrement au sein de régions rurales et reculées où le traditionalisme persiste encore. « Dans un pays, la démocratie ne s’importe pas, mais par contre la formation à la démocratie, ça s’importe! (…) Aujourd’hui nous avons une constitution afghane qui reconnait les même droits aux hommes qu’aux femmes, mais avec plus de 90% d’analphabétisation, elles sont incapables de savoir ce que c’est qu’un mot : le mot « droit » ou le mot « constitution » » explique Chékéba Achemi lors de son discours de remise du Prix des Droits de l’Homme.

Des actions visant à promouvoir l’éducation et l’accès à la santé des jeunes filles et de leurs familles

L’éducation est donc le premier des piliers permettant à cette association, créée en 1996, de rendre leur dignité à ces jeunes filles et à leurs familles. Trois écoles « historiques » – Malalaï, Khoja Lakan et Naswan Paghman – ont été construites depuis la création de l’association, assorties de crèches pour permettre aux enseignantes et aux femmes de la communauté de pouvoir travailler sereinement.

Dans chacune de ces trois écoles ont également été mis en place des centres d’éducation à la santé, animés par des éducatrices issues de la communauté. Des thèmes comme l’hygiène, la nutrition, le planning familial et la santé maternelle peuvent ainsi y être abordés en toute intimité. En appui, un programme visant à leur apprendre la fabrication et la commercialisation de produits sanitaires basiques (savon, etc) est dispensé jusqu’à la fin de l’année.

Enfin, le programme AGEA en partenariat avec la Fondation Womanity a pour objectif de faire de 12 écoles des écoles modèles pour les régions concernées. Afghanistan Libre y est en charge des bourses scolaires (Permettant aux étudiantes l’achat de fournitures, frais de transport, etc), de la préparation aux examens d’entrée à l’université et de la mise en place d’un soutien psychosocial.

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Lycée Malalaï

En parallèle de ces programmes, Afghanistan Libre propose également à ces jeunes filles et à ces femmes un accès à certaines activités leur permettant de s’épanouir en tant qu’individu à part entière.

C’est d’ailleurs sur ce dernier volet de leur activité que j’aimerais attirer votre attention, car si l’éducation est bien prioritaire pour retrouver une dignité, leur offrir l’opportunité de faire et de réaliser quelque chose par et pour elle-mêmes constitue il me semble, l’une des grandes forces de cette association.

Le sport au Lycée Malalaï

Depuis la rentrée 2006, une jeune professeur formée par l’ONG Sports Sans Frontières donne des cours de sport dans le lycée Malalaï pour permettre aux jeunes filles de se défouler et surtout de s’exprimer au travers de leurs corps. Entre exercices physiques et jeux collectifs, elles redécouvrent les joies les plus simples du sport et apprennent les bénéfices de l’effort et du dépassement de soi.

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Entrainement de basket au Lycée Malalaï

Simplement Afghanes

Le projet photographique « Simplement Afghanes » a pour vocation de donner la parole à ces femmes dont les conditions de vie sont parmi les plus difficiles au monde. Intervenantes ou bénéficiaires des programmes de l’association, 25 femmes se sont vues confier des appareils photo jetables avec pour seule consigne de photographier ce qui, dans leur vie quotidienne, était important pour elles. Privées depuis de nombreuses années de la possibilité de s’exprimer, elles ont toutes témoigné, et le résultat est sans précédent : une sélection de 30 photographies accompagnées du nom et du témoignage de l’auteure, rassemblées dans un ouvrage et régulièrement exposées en France et en Europe. Ces femmes reçoivent aujourd’hui régulièrement les impressions et commentaires des gens qui auront vu l’exposition ou les photos.

PB

Voici un extrait des commentaires envoyés et des réponses des photographes (directement tirés du site Afghanistan Libre) :

 » J’ai été impressionnée par leurs courages et leurs forces. Leurs désirs d’apprendre et leurs motivations m’ont éblouie. Être une femme est pour elles le plus grand défi, et elles le relèvent avec succès. J’espère qu’elles garderont cette esprit, cette combativité et qu’elles n’abonneront jamais de se battre. J’espère que leurs batailles sera couronner de succès et encourageront d’autres femmes pour qu’un jour l’Afghanistan brille de milles feux. »

« Je suis Mah Gull et je suis bénéficiaire d’un centre de santé et aussi du programme psycho-social. Je ne peux dire à quel point je suis heureuse de savoir que les Français ont pris le temps de regarder les photos. C’est comme si ils voulaient entendre la voix de la femme afghane. Ces photographies montrent qu’une partie de notre situation, si nous devions tous montrer, il faudrait des milliers de photos ! J’aime le peuple Français, et leurs messages sont très importants et nous donnent plus de courage ! »

Les photos sont régulièrement exposées en France et en Europe, et un livre recueillant les témoignages des photographes est vendu au profit de l’association. Pour en savoir plus

ROZ, magazine 100% féminin

Lancé par Afghanistan Libre avec le soutien du magazine Elle en avril 2002 après la chute du régime taliban, le magazine ROZ, qui signifie « Le Jour » en Dari, est le tout premier mensuel initié, dirigé et animé par et pour les femmes afghanes. Seul et unique magazine publié sans interruption depuis son lancement, il est lu par des milliers d’afghans et afghanes. Il traite de problèmes sociaux, de vie pratique, d’histoires Hollywoodiennes ou Bollywoodiennes, et comprend des articles en Dari et en anglais.

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Distribué de la main à la main dans les rues de Kaboul mais aussi dans quelques kiosques à journaux, l’objectif est aujourd’hui d’élargir la distribution au niveau national, même si dans les régions reculées, ce sont souvent des cessions de lectures « publiques » qui sont organisées par les rares personnes sachant lire et surtout souhaitant lire le magazine à haute voix.  Porteur de valeurs fortes telles que la liberté de la presse, la défense des droits humains fondamentaux, et de le développement d’une source libre et indépendante d’informations fiables et de qualité, ROZ est aujourd’hui un symbole d’espoir pour le futur de ce pays.

Voici un reportage réalisé par Joan Roels si vous souhaitez en apprendre plus :

Pour contacter Afghanistan Libre

Afghanistan Libre – « Maison de la Mixité »
70, Rue des Rigoles
75020, Paris – France
Tel. : + 33 (0)1 75 43 81 70

http://www.afghanistan-libre.org

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