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Interview de Jean Marie Bourgogne, responsable du programme Montpellier Territoire Numérique sur l’enjeu de l’Open Data pour les associations

Cette semaine dans « On en parle » l’interview exclusive de Jean Marie Bourgogne, responsable du programme Montpellier Territoire Numérique

Bonjour Jean-Marie, pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Je travaille depuis bientôt 3 ans à la Mairie de Montpellier, en charge du programme Montpellier Territoire Numérique. De nombreux projets sont issus de ce programme, Opendata, CITYMEDIA, Villes sans limite, JeuxDeDébats, espace de coworking, etc. Il s’agit d’innover dans les services publics et l’action municipale grâce au numérique. Tous ces projets sont co-produits par des acteurs engagés du territoire : associations, PME, laboratoires et écoles, autres institutions. Mon parcours est un peu particulier :

Je suis issu du monde des entreprises (SSII) et, il y a quelques années, j’ai fait le choix de m’orienter vers l’aspect social et politique des NTIC. Avant de rejoindre la Mairie de Montpellier, j’ai animé en tant que directeur général adjoint, un think-tank national, la Fondation Internet Nouvelle Génération, spécialisé sur la prospective et les usages du numérique.

Qu’est-ce que l’Open Data ?

C’est mouvement assez ancien maintenant qui consiste pour une institution à publier de façon libre et simple les données qu’elle possède et qui sont d’intérêt public. L’Open data est au fond la traduction contemporaine de l’article 15 de la constitution qui stipule : La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.  Ainsi, l’Open data se traduit par la mise à disposition de données qui permettent 1/une connaissance approfondie de son territoire (sa géographie, ses ressources naturelles et humaines, son l’aménagement, ses infrastructures, etc.), 2/une transparence de l’action publique (délibération, budget, …), 3/la création de services à partir de données issues de plusieurs détenteurs (on cité généralement en exemple l’information de transport multimodale, puisque chaque opérateur ne s’intéresse qu’à ses propres infrastructures alors que l’usager final cherche un service de bout-en-bout). Quand on s’intéresse vraiment à l’Open data, on constate plusieurs mouvements complémentaires : la production de données par des acteurs non institutionnels (généralement des citoyens engagés et des associations) et un changement de comportement au sein des collectivités qui publient leurs données : augmentation de la confiance vis-à-vis de la transparence, plus grande ouverture vers les acteurs-partenaires du territoire qui réutilisent et valorisent les données, décloisonnement des services municipaux qui produisent et partagent ces données. La ville de Montpellier a été la troisième collectivité à libérer ses données en 2011 (après Rennes et Paris). Montpellier est citée comme exemplaire par la qualité de ses données et la richesse de son animation (Appel à Projet, CartoParties, Formation, Communication…).http://opendata.montpelliernumerique.fr

Comment peut-on définir l’Open Data pour les associations ? Quelle forme cela peut-il prendre ? Pouvez-vous nous fournir des exemples ?

Les associations peuvent être intéressées par les données publiées pour mille raison : réutilisation des données pour créer des services propres à leurs missions (c’est le cas de Mandarine à Montpellier, association pour l’éco-mobilité, qui a conçu un système de calcul d’itinéraire multimodal), connaissance du territoire, de ses acteurs et des politiques publiques. Les associations peuvent aussi participer au mouvement Open data en publiant les données qu’elles détiennent et qui sont d’intérêt général (c’est le cas de TéléBotanica ou de la CCI à Montpellier) et, tout à fait nouveau et essentiel, en produisant des données dans le cadre de leurs missions. C’est le cas des associations qui participent à l’enrichissement des données OpenStreetMap sur des thématiques comme les chemins de randonnées, l’accessibilité handicap des bâtiments (Montpel’Libre) ou la cyclabilité des voies (Mandarine), l’enrichissement de la carte des villes (OSM-France). Les associations culturelles peuvent produire des données sur l’offre culturelle d’un territoire, garder la trace de spectacles passés (c’est un open data un peu particulier mais qui répond au libre accès à des œuvres financées par le service public), etc.

L’Open Date est surtout réservé au « Geeks », malgré un effort de traitement de l’information brute de la part des communautés locales ? Les associations et les citoyens restent un peu en retrait…

Est-ce que certaines associations ouvrent leurs données au grand public ? Comme le font déjà les collectivités.

C’est un écueil très bien perçu par les collectivités qui travaillent pourtant sur ce sujet. Comment faire comprendre et connaitre les données publiques ? Ce n’est d’ailleurs pas le seul champ numérique « méconnu » (par exemple beaucoup de gens lisent les blogs et les sites collaboratifs comme Wikipédia mais peu savent comment produire du contenu). La création de service utilisant les données n’est pas une réponse suffisante (au pire, les nouveaux services ne sont connus; au mieux l’origine des données n’intéressent pas les usagers). Les formations didactiques et la communication à travers la presse Grand public ne sont pas non plus suffisantes. La tendance actuelle serait de faire de la Data Visualisation (comme le font certains journaux, tel OWNI, avec le succès que l’on sait…) mais il n’est pas certain que le grand public sera intéressé par cela. De plus, le biais de la DataViz est de donner un vue subjective ou simplificatrice des données quand on voulait la fournir la plus « brute » possible pour pouvoir la réutiliser et la décortiquer…

Selon vous, les associations sont plus enclines à produire des données ou à les exploiter ?

Les associations qui ont une finalité sociale : citoyenneté, solidarité, culture, écologie, mobilité, …

Les associations culturelles qui proposeront de détourner les données dans des œuvres pour donner à comprendre et à penser notre société ou tout simplement par acte de (re)création pure.

Les associations engagées dans le numérique sous toutes ses formes : formation, logiciels libres, DoItYourslef, etc.

Quelle sont les réticences qui empêchent les associations de s’ouvrir à l’Open Data ?

Manque de connaissance de ce qu’elles contiennent, manque d’intérêt pour la démarche du « libre », sans doute un apriori sur le côté technique de la chose, peut-être un manque de compétence et d’imagination pour l’exploitation et la réutilisation. Les données sont enfin sûrement trop partielles : le fait qu’une Mairie ouvre ses données n’est pas suffisant : il faudrait que toutes les strates administratives (Etat, CR, CG, Communauté, institutions publiques) et les opérateurs (transport, culture, …) publient leurs données pour la quantité et la qualité des informations publiques soient suffisantes. Mais arrivera alors un autre problème : comment donner du sens à une telle masse d’information ?

Open Data

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One Response

  1. Methodeargent says

    Merci bien pour cette mine d information.