Tribu Solidaire

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Redonner dignité et confiance : le « Premier Pas » d’un développement durable !

En Afrique Subsaharienne, ⅓ des forages ne sont plus en activité, faute d’entretien. Les associations ou organismes qui les ont installés sont partis sans s’assurer que les moyens techniques, humains et financiers de leur entretien étaient en place”. Lorsqu’elle me dit cela, Maryse, Présidente de l’association “Premier pas” est en colère. Et il y a de quoi… C’est d’ailleurs la raison d’être de son association : impliquer les populations locales dans leur développement et assurer la pérennité des actions de développement entreprises ensemble. Car le constat est clair : si les réponses aux problèmes d’éducation, de santé ou encore d’accès à l’eau potable n’impliquent pas les populations locales, de l’initiative au suivi, en passant par la nature de la réponse, cela ne marchera pas ! L’association Premier pas n’est pas là pour penser les solutions à la place des togolais mais pour les aider à mettre en œuvre celles qu’ils souhaitent, avec une seule idée en tête : redonner autonomie et envie d’entreprendre dans ce pays dévasté par 15 années de suspension de l’aide internationale.

C’est ce qui m’a plu dans leur action et la raison pour laquelle j’ai eu envie de vous les présenter aujourd’hui…

Un Togo meurtri et amoindri

eau-potable-2Accès à l’eau potable, éducation, hygiène et prévention des maladies, accouchements, tout est difficile au Togo car ce pays qu’on appelait la “petite Suisse de l’Afrique” a gravement souffert de la suspension de l’aide en provenance internationale entre 1992 et 2007. Depuis 2007, l’aide a repris et la pauvreté a reculé, mais demeure élevée puisqu’elle concernait 58,7% de la population en 2011. Si le Togo a fait des progrès dans le domaine de l’éducation primaire et le contrôle du VIH/SIDA, six des huit Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ne pourront être atteints en 2015. En dépit de réformes facilitant la création d’entreprise, le climat des affaires reste peu favorable et le Togo se classe 156ème sur 180 pays dans le palmarès Doing Business2013 (source : Banque Mondiale). D’après Maryse, la Présidente de l’association, plus prosaïquement, cette période a laissé les togolais comme “découragés”, “assommés”… ce qui contraste avec « leur accueil chaleureux, leur gentillesse, leur respect, leur reconnaissance, leur joie de vivre ».  Et c’est là qu’elle situe le principal enjeu : redonner aux togolais l’envie et le pouvoir de faire ! Car Maryse insiste : par son action, l’association ne fait que rendre ce que les Togolais lui ont donné !

De nombreux projets mais un seul objectif : s’assurer dès la conception du projet de sa pérennité  

Depuis 2002, date de sa création, l’association PREMIER PAS (pour “premier pas d’un développement durable”) se bat sur tous les fronts, là pour creuser des forages pour l’accès à l’eau potable, ici pour construire des salles de classe, à cet endroit pour terminer une maternité… Au compteur de l’association en une dizaine d’année : la reconstruction de cinq salles de classe en (3 en 2006 à Soumdina-Bas, région de la Kara et 2 en 2009 à Mangoassi, préfecture de Wawa au Togo), la distribution de livres scolaires dans des collèges et lycées, la construction de cinq forages équipés d’une pompe pour l’accès à l’eau potable, la restauration d’une pompe à eau publique, la constructions de latrines et actuellement la construction d’une maternité en partenariat avec un dispensaire local.

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Pourquoi adresser autant de problèmes à la fois ? « Ce sont les togolais qui sont à l’origine de ces projets. Bien sûr, l’association les étudie car notre objectif est de répondre à des besoins globaux, surtout pas individuels, et qu’ils soient viables à très long terme ».  Pour ce faire, l’association s’est fixé un cap : s’inscrire dans une démarche de développement durable – le projet doit pouvoir fonctionner de manière autonome et pérenne et l’association se contente d’encadre la globalité du projet – et à effet multiplicateur : le but des actions entreprises est en effet surtout de redonner aux Togolais, dignité et confiance dans leurs capacités. Les règles sont simples : les projets doivent être à l’initiative de la population, à l’usage du plus grand nombre, et être autonomes et pérennes, après le départ de l’association. “Les Togolais que nous rencontrons possèdent une expertise qu’il ne faut pas sous-estimer. Ils connaissent les besoins prioritaires, ce qui fonctionne pour y répondre mais ils ont souvent perdu l’envie de faire (et manquent bien sûr des moyens mais là n’est pas l’essentiel). Les 15 années d’abandon international ont fait beaucoup de mal. Notre objectif est de leur redonner, en amorçant la dynamique, l’énergie, l’envie et les moyens de faire”.

Intégrer le projet dans son écosystème

L’accès à l’eau potable est vraiment un cas d’école pour illustrer ce qui m’a plu chez PREMIER PAS ! L’accès à l’eau potable – tout le monde le sait – est la clé pour mettre en place des projets économiques, éducatifs, de santé dans un cadre pérenne : réduction de la morbidité et de la mortalité, notamment infantile, plus de temps pour que les femmes puissent s’occuper de leurs enfants et réaliser davantage d’activités génératrices de revenus, scolarisation des enfants, et surtout des filles, réduction de l’exode rural….

L’association a, depuis sa création en 2002, implanté cinq forages équipés d’une pompe dans cinq villages différents, se mobilisant intensément pour trouver les financements. Les villageois, pour leur part, se sont largement impliqués bénévolement sur la construction des forages. Il suffit d’ailleurs de voir les sourires sur les visages pour comprendre que ces chantiers ont été des moments réellement mobilisateurs, acteurs de changement. Enfin, les villages qui ont sollicité PREMIER PAS pour creuser un forage étaient souvent déjà équipés d’un système de gestion de l’eau potable. En effet, les différents gouvernements ainsi que les bailleurs de fonds avaient mis en place un système de « Comité d’eau » : un trésorier gère une « caisse d’eau » à laquelle tous les habitants doivent cotiser. L’argent collecté permet de financer l’entretien des forages et des pompes ainsi que les réparations nécessaires à son bon fonctionnement.

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Moment de pause festive sur le chantier d’un forage…

Tout était donc réuni, sur le papier, ou plutôt dans nos mentalités d’européens, pour que les pompes soient pérennes et que les villageois financent et utilisent l’eau potable. Or, dans les faits, souvent par méconnaissance des risques, ils reprenaient de mauvaises habitudes, utilisant par exemple l’eau de pluie pour la consommation et la cuisine, omettant d’entretenir la pompe…. Le plus gros travail a donc consisté, non pas à trouver l’argent, non pas à creuser les forages, mais à travailler au quotidien avec les familles, en suivant notamment les enfants (qui sont les premières victimes), pour leur faire prendre conscience du rôle central de l’eau potable dans leur bien-être, de l’importance de cette « caisse eau » et du « comité d’eau ».

Le premier pas d’un développement durable était en fait de tenir compte du projet dans son écosystème et non pas en dehors ! Au final, le résultat est là : les cinq forages construits en 2012 fonctionnent et bénéficient chacun d’entre eux à plus de 300 personnes en moyenne. Les villageois consomment l’eau potable issue de la pompe, cotisent régulièrement à la Caisse Eau et entretiennent régulièrement la pompe. Les maladies infantiles ont régressé, les habitants ont retrouvé l’envie d’entreprendre. L’association continue toutefois à faire régulièrement un audit des comités d’eau mis en place et un travail régulier de sensibilisation sur les risques sanitaires liés à la consommation d’eau non potable.

Cesser de perdre la vie en la donnant… 

Le dernier projet de l’association est de collecter des fonds pour permettre au centre de santé Espérance de Sokodé de terminer la construction de sa maternité. Coût du projet : 53 000 €

Togo (6) En effet, les quartiers et les villages entourant Sokodé subissent depuis 2001 une explosion démographique. On assiste de plus en plus fréquemment à de nombreux accouchements dans des locaux clandestins utilisés comme maternité sans aucune habilitation, sans aucune hygiène, avec du personnel non qualifié. A la clé, des femmes qui meurent en couche, des enfants orphelins, et, compte tenu du rôle crucial des mères dans l’économie fragile de ces familles, le cercle vicieux de la pauvreté qui continue…. Les responsables du centre de santé Espérance – avec lequel l’association PREMIER PAS travaille depuis longtemps – ont donc décidé de construire une maternité. Le gros œuvre de la maternité, financé par les fonds propres du centre de santé Espérance, a été réalisé dans les règles de l’art, en 2010. Mais, par manque de fonds, le chantier n’a pas pu être terminé. Il faut maintenant tout mettre en œuvre pour réunir les fonds nécessaires à l’achèvement de cette maternité, pour faire face à la demande criante de soins materno-infantiles. L’objectif, là encore, est de soutenir une initiative positive portée par des acteurs locaux et pour laquelle les conditions de succès (besoin identifié, dispensaire existant, personnel formé et compétent, méthodes de travail professionnelles) sont réunies : le projet n’est en aucune mesure séparé de son contexte.

Plus d’information à propos du projet : Projet_maternité

Enfin, Maryse m’a avoué “ne rien y connaître à Internet”. Et moi, je lui ai dit qu’Internet permet parfois de faire de petits miracles. Et si vous m’aidiez à faire parler du projet en partageant cet article dans vos réseaux, en parlant du Premier pas d’un développement partagé. Vous pouvez aussi contacter Maryse à l’adresse suivante : premierpas@wanadoo.fr  car elle a grandement besoin de bénévoles (association basée dans le Vaucluse).

Pour plus d’informations : http://premier.pas.free.fr/

 

 

 

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