Tribu Solidaire

Le blog des solutions pour un monde solidaire

Tribu Solidaire, c’est fini…

the-end

Décembre 2009…. c’est en décembre 2009 que cette idée a germé : Exploiter le formidable potentiel des réseaux sociaux pour mettre en relation autour de projets de solidarité. Entre le repas de Noël et les inévitables dessins animés qu’on regarde à Noël lové(e) au fond du canapé et devant un bon feu de cheminée. Entreprendre mais au profit de la solidarité, cela m’emballait ! Et je sentais qu’il y avait un formidable potentiel, en témoigne ce qui se passait aux Etats-Unis (voir ici l’article à ce sujet). Et puis le projet s’est précisé… pour donner TRIBU SOLIDAIRE, « Le réseau de celles et ceux qui s’engagent aux côté des associations »… c’était notre slogan ! A revoir en vidéo (j’ai adoré faire cette vidéo et remercie au passage Fabien, Phil, Franck et Romain du temps passé sur le scénario, l’animation, la musique et la voix !) :

Stop…

Quatre ans – et beaucoup de travail – plus tard, la nouvelle est tombée : nous n’aurons pas le financement attendu censé nous permettre de terminer… ou plutôt de démarrer. Pas réellement une surprise. Cela fait maintenant 4 mois que je me débats pour reconstituer le plan de financement démantelé suite au départ de mes deux ex-associés en plein milieu du développement informatique (j’ai un beau morceau de site Internet si cela intéresse des gens ! ;-)) Et que j’ai éclusé toutes les sources de financements possibles. Ici, le projet n’est pas assez développé (entendez « on ne sait pas si cela va être rentable, faites vos preuves et revenez »). Là, le projet est non finançable car porté par une entreprise, même sociale (entendez « vous n’êtes pas une structure de l’ESS, vous voulez gagner de l’argent, quelle horreur ! « ). Les subventions ? Elles ont été au rendez-vous et je remercie au passage la Région Languedoc-Roussillon et AlterIncub (incubateur spécialisé en innovation sociale) qui m’ont fait confiance et ont cru dans ce projet en y investissant…. mais les subventions n’ont jamais fait un plan de financement, surtout pour un projet dont le besoin de financement était estimé entre 300 et 400 K€ avant que l’on puisse envisager d’être à l’équilibre et de pouvoir s’autofinancer. 

Las, j’ai décidé d’arrêter. Soulagée aussi pour tout vous avouer… Soulagée de pouvoir reprendre le cours de ma vie, littéralement envahie pendant 4 ans par ce projet un peu fou. Quelle idée aussi de partir sur un projet aussi ambitieux quand on est seule, qu’on n’a qu’une partie des compétences (et donc qu’il faut financer ou trouver l’autre), pas d’argent et peu de temps (je suis enseignante dans la « vraie » vie)… bref, aucune carte dans sa main ! Juste une utopie. J’y ai perdu de l’argent (pas mal), des plumes (beaucoup)… j’y ai aussi beaucoup gagné car j’ai appris sur moi, le monde associatif, le web et le monde de la création d’entreprise…. sur les gens aussi. Du bon, du moins bon. Comme souvent. Je crois que je ressortirai enrichie de cette expérience, une fois digéré « l’échec ». Mais le but de ce billet n’est pas de faire mon bilan personnel.. celui-là, je l’ai fait mais je le garde pour moi. 

Et si c’était condamné d’avance ?….

Le but de ce billet est plutôt de faire le constat suivant : j’ai compris, avec le recul, que TRIBU SOLIDAIRE était condamné d’avance… Dès le début, j’ai été enfermée dans un dilemme insoluble : ce projet était foncièrement coopératif et solidaire – c’est son ADN – mais j’étais obligée de le développer sous la forme d’une entreprise, avec appel à des investisseurs si je voulais réussir. 

Tout simplement parce que les besoins financiers étaient trop importants, le projet trop risqué et que je n’avais aucune légitimité associative pour fédérer le secteur associatif autour de moi. J’ai fait le constat que le secteur de l’ESS n’était pas outillé, notamment sur le plan des moyens de financement, mais aussi sur le plan de la culture du risque, pour me permettre, seule, de développer ce projet. Dans le secteur privé, par contre, sous réserve d’apporter la preuve que cela marche, je pouvais trouver des investisseurs prêts à prendre des risques, c’est leur métier. Avec à la clé, un projet rentable et éthique. Je reste en effet convaincue qu’il était impossible de faire Tribu Solidaire sans investir des montants financiers conséquents si on voulait changer d’échelle. Pas tant pour financer le développement informatique – qui reste modeste – mais les ressources humaines nécessaires pour construire et animer la communauté d’associations, de gens et d’entreprises mécènes nécessaires à sa réussite ! Et cela pendant au moins 2 ans avant d’envisager d’atteindre l’équilibre

Créer une entreprise ne me posait pas de problèmes personnels, bien au contraire, c’était un challenge excitant ! Tant que je gardais le contrôle du capital, il n’incombait qu’à moi de faire en sorte que cette entreprise soit réellement coopérative et solidaire, même si elle n’en avait pas les statuts. C’est d’ailleurs une philosophie qui s’impose de plus en plus, notamment sous l’impulsion du MOUVES, syndicat des dirigeants d’entreprises sociales. Mais le pari était risqué car faire appel au privé risquait de me mettre à dos une partie des acteurs l’ESS (ce qui a été le cas), enfermés dans une vision, selon moi, manichéenne de l’entreprise. Il était toutefois possible de faire adhérer une grande partie des associations au projet car je savais qu’elles sauraient dépasser les clichés. Mais c’est difficile de parler d’argent, de seuil de rentabilité, d’investissement quand on parle aux associations et aux donateurs et qu’on collecte des dons ! Cela, je ne l’ai pas découvert, je le savais dès le début, même si j’étais loin de me douter que c’était aussi fort. 

En résumé, le secteur associatif n’avait pas l’argent… le secteur privé l’avait mais exposait le projet à être associé aux valeurs du « méchant-vilain-capital »… Dilemme ! J’ai tenté le tout pour le tout… et ai réussi à à trouver un prêt d’honneur et m’associer avec deux primo-investisseurs. Des fonds d’investissement se sont déclarés intéressés par le projet…. Je pouvais tenter de décoller. Cela aurait pu marcher… Mais cela a dérapé… Conflits autour du développement informatique, retards de lancement, puis départ des deux investisseurs… me laissant en plan avec un site non fini, des dépenses déjà engagées, des stagiaires que je ne pouvais laisser tomber… Une période – mars- juillet – très difficile, je ne le cache pas. Comment réamorcer la pompe et expliquer à de nouveaux interlocuteurs financiers ce qui s’est passé, que « oui, c’est encore un projet papier mais qu’il y a des explications au fait qu’on  ait pris autant de retard »…. Bref, la première marche ratée, il a été impossible de réamorcer la pompe du côté des investisseurs privés. Du côté des financeurs institutionnels qui auraient pu nous donner un petit coup de pouce au démarrage, le temps de montrer que cela marche, toutes les portes étaient fermées car nous avions un statut d’entreprise et non d’association. Les financements n’étaient plus au rendez-vous… j’ai dû me résoudre à abandonner.

Le mois prochain, je dépose le bilan sans jamais avoir pu lancer la plateforme web dont les fonctionnalités, le graphisme, et une partie du code sont pourtant développés. Quelle frustration ! Je ne souhaite pas dresser des généralités à partir de mon expérience personnelle… Je suis juste triste d’un tel gâchis dont je porte probablement une partie de la responsabilité. Peût-être un jour, Tribu Solidaire renaîtra sous un autre nom, porté par quelqu’un d’autre. Je le souhaite car il y a un potentiel fabuleux à connecter les gens autour de projets de solidarité.

La vie continue 😉

Je retrouve aussi ma liberté, liberté de reprendre le sport qui me manquait tant, de voyager, de m’intéresser à l’économie, à la vie politique de mon pays, aller au cinéma, au musée, passer plein de temps avec mes amis ! Tout ce que j’aime… aussi… et qui m’a vraiment manqué pendant 4 ans. Et je dis « chapeau » aux gens qui composent ce monde que j’ai découvert, celui de la création d’entreprise, sociale notamment. Il faut beaucoup de passion, de travail et de tenacité pour faire en sorte que ses rêves deviennent réalité. 

Céline pour la Tribu

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12 Responses

  1. Damien Gendrin says

    Hello Céline,

    Je ne découvre que maintenant la fin de Tribu Solidaire avec un brin de tristesse. Je sais à quel point tu t’es investie dans ce projet dès le début !
    Un beau projet pour lequel il ne manquait pas grand chose, et comme beaucoup un peu de financement pour l’amorçage.

    Je suis certain que tu es déjà entrain de rebondir. D’ailleurs aux Etats Unis, les investisseurs s’engagent plus facilement dans des projets créés par une personne qui s’est déjà planté car il a l’expérience et sait ce qu’il faut faire pour réussir ! 😉

    Bonne reprise d’une vie normale ou plutôt d’une vie tout court; car ces projets un peu fou ne laissent que peu de place au reste ..!

    A bientôt
    Damien

  2. Jérôme Benoit says

    Bonjour Céline,

    Une idée fortement similaire trotte dans ma tête depuis quelques temps. Créer un portail associatif, un lieu 2.0 où chacun pourra partager, donner et recevoir. Un espace liant suivi, sérieux et transparence des associations inscrites. Le tout permettant aux gens de donner, collecter des dons, communiquer dans les meilleures conditions possibles.

    Votre parcours est très instructif quand on veut se lancer dans cette aventure.
    Dans ce but, serait il possible que l’on puisse en parler ensemble ?

    Discuter de tout ça avec vous, vos avis et expériences et présenter mon projet serait un plaisir pour moi.

    Dans l’espoir d’avoir de vos nouvelles.

    Jérôme Benoit

  3. Corine Navarro says

    Chère Céline,

    j’ai lu avec tristesse mais hélas peu de surprise les dernières infos sur la fin de l’aventure de TS, sous cette forme en tous cas. J’ai lu aussi ton billet analytique portant flashback sur les fondements de cette issue. Si tu te souviens de ce que j’ai eu l’occasion de te partager à qqs reprises dans les dernières années, tu te doutes déjà que je partage une bonne partie de ton analyse sur les paradoxes contradictoires dont souffre fondamentalement l’ESS et qui est, de fait, manifesté par ses acteurs. Un système en lui-même ne créée rien de bon ou de mauvais, de juste ou d’injuste, d’efficace ou d’inefficace, si les acteurs qui le composent n’agissent pas (quitte à ce que leur action soit de l’inertie).

    C’est pour cela que certains de mes axes de travail et de développement portent sur l’entrepreunariat coopératif, et tentent d’éclairer et d’outiller sa recherche de cohérence autant en interne que dans son positionnement et ses interactions avec son contexte.

    Peut-être cela nous amènera t’il à nous retrouver, une fois les différentes étapes du deuil fait.

    A titre personnel, mes expériences d’entrepreneuse me permette de me mettre à ton écoute, si cela t’est utile.

    Je t’embrasse,

    Corine

  4. Marion says

    Je viens donc d’apprendre la nouvelle ! C’était un sacré projet, dommage que vous n’ayez pas trouvé de solution. C’est vraiment une idée, un projet qui me fait réfléchir personnellement ! Bonne continuation à vous, je suis sure qu’avec le temps, vous n’en resterez pas là ! Sous une autre forme, un autre projet ……
    Solidairement

    Marion

  5. passani says

    Je m’incline avec humilité et respect devant votre courage, Céline. Les idées les plus belles et les plus lumineuses doivent parfois passer par une vraie vallée de ronces et de cactus, mais on en ressort forcément plus fort.
    En tout cas, bravo pour votre ténacité et surtout, une humeur positive et pleine d’énergie. Reposez vous un peu et vous verrez que vous relancerez un nouveau projet avec une préparation qui vous fera prévoir les obstacles pour les franchir avec assurance…
    J’en suis certain…
    Phil

    • La Tribu says

      Merci Phil. Je vous reconnais bien là !

  6. matie dalvai says

    Céline
    Très déçue de vous lire…..Je vous souhaite tout plein de bonheur pour la suite !
    Bravo à votre ténacité
    Marie

  7. Julien Delalande says

     » je sentais qu’il y avait un formidable potentiel, en témoigne ce qui se passait aux Etats-Unis (voir ici l’article à ce sujet) » :

    le lien est manquant 🙂

    et sur le fond, je compatis d’autant plus à votre déception que j’ai vécu une expérience comparable bien que différente, complémentaire surtout !

    Voir le site http://www.arcdev.free.fr

    Enfin, il faudrait qu’on se rencontre car :
    – mon métier est d’accompagner notamment le rebond après la fin d’une expérience entrepreneuriale,
    – je voudrais échanger avec vous notamment sur votre expérience d’intermédiation pour mes recherches et sur la co-économie pour enrichir votre réflexion.

    Meilleurs sentiments

  8. Sara says

    Félicitations Céline!
    Félicitations parce que cela n’est pas un échec. La Tribu Solidaire n’est pas morte. C’est un projet vivant qui nous a beaucoup appris, à nous tous. Félicitations car tu as tu mis dedans, tu as essayé avec tout, donc pas de regrets. Maintenant, nouvelle étape et à profiter d’autres ingrédients de la vie 🙂

  9. Victoire says

    Une belle expérience pour vous Céline ! Ici, à Maurice, notre tribu solidaire c’est http://www.actogether.mu, initiative d’une fondation d’entreprise. C’est plus modeste que ce que souhaitait devenir Tribu Solidaire, mais c’est un outil vraiment très performant pour les ONG pour nous aider à créer du lien les unes avec les autres, à attirer de nouveaux talents, à avoir une visibilité.
    Au moins vous n’avez pas laissé votre idée dormir, vous lui avez fait prendre vie, et vous êtes battue pour elle !

    • La Tribu says

      Il n’est pas question de modestie Victoire… au contraire ! Un des enseignements que j’ai tiré de cette expérience est que j’aurais dû démarrer petit… et agréger progressivement des initiatives et des gens. Longue vie à votre projet donc !