Tribu Solidaire

Le blog des solutions pour un monde solidaire

Associations, et si vous innoviez sans le savoir… mais que vous gagneriez à le faire savoir !

« Par ma foi ! Il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela. »

Le Bourgeois Gentilhomme, acte II, scène IV. Molière

C’est à cette célèbre phrase de Monsieur Jourdain dans le Bourgeois Gentilhomme que me fait penser tout le battage médiatique actuel autour de l’innovation sociale… Ce concept, à la mode depuis que nous avons un ministre délégué à l’économie sociale et solidaire, est très récent au point qu’il n’existe pas encore de consensus autour de sa définition. Je vous propose de regarder cela d’un peu plus près et nous verrons qu’en fait des milliers d’associations innovent sans le savoir depuis des dizaines d’années ! A l’image de Monsieur Jourdain qui fait de la prose sans le savoir…

L’innovation sociale, qu’est-ce que c’est ?

innovation sociale

Si l’on regarde la définition qu’en donne le Conseil supérieur de l’économie sociale et solidaire (CSESS)

‘’L’innovation sociale consiste à élaborer des réponses nouvelles à des besoins sociaux nouveaux ou mal satisfaits dans les conditions actuelles du marché et des politiques sociales, en impliquant la participation et la coopération des acteurs concernés, notamment des utilisateurs et usagers. Ces innovations concernent aussi bien le produit ou service, que le mode d’organisation, de distribution, dans des domaines comme le vieillissement, la petite enfance, le logement, la santé, la lutte contre la pauvreté, l’exclusion, les discriminations… Elles passent par un processus en plusieurs démarches : émergence, expérimentation, diffusion, évaluation.’’

Source : http://entrepreneur-social.net

Il apparaît que l’innovation sociale n’est pas si éloignée que cela de l’innovation de marché. Par son objet (nouveau produit, service ou mode d’organisation), par sa nature (rupture ou changement incrémental), par son processus (émergence, expérimentation, diffusion, évaluation), par le risque qu’elle fait encourir (assumé respectivement par la collectivité – voir la notion d’investissement d’impact – ou par un ou plusieurs individus) et parfois par le montant des investissements nécessaires pour la mettre sur le « marché ».

Trois différences toutefois. Les besoins satisfaits tout d’abord sont différents : individuels et solvables dans le cas de l’innovation de marché, ils sont en général plutôt collectifs et de cohésion sociale dans le cas de l’innovation sociale. Cette dernière est ensuite rarement le fruit d’une démarche individuelle mais plutôt d’une démarche collaborative. Enfin, l’innovation sociale vise à apporter une réponse adaptée à des problématiques locales et ne visent que rarement des marchés mondiaux.

En résumé, l’innovation sociale consiste à imaginer ensemble de nouvelles solutions à des problèmes sociaux – exclusion, discrimination, violence, illettrisme, inégalités, etc… – en tenant compte des spécificités du public et du territoire ciblé.

Rien de bien neuf en somme…

Pourquoi se poser la question de l’innovation sociale ?

La réponse tient en un mot : COMMUNICATION. Savoir identifier ce qui est nouveau et unique dans la façon dont votre association répond aux problématiques qu’elle adresse vous permet de sortir de la masse ! Et potentiellement d’accéder à des sources de financements – publiques et privées – jusque-là inaccessibles.

Du côté des financements publics, dans un contexte de baisse constante des subventions, l’innovation sociale rapporte ! Au niveau national notamment, où 100 millions d’euro issus du Grand Emprunt vont financer un fond consacré à l’entrepreneuriat social et solidaire (voir les secteurs prioritaires tels que définis par la Caisse des Dépôts dans son appel à projet). Les collectivités locales s’y mettent aussi, y voyant un intérêt fort pour dynamiser leurs territoires (voir par exemple l’appel à projet des régions Alsace et Picardie). Au niveau européen ensuite, l’Europe a fait de l’innovation sociale une de ses priorités, avec le soutien financier du Fonds Social Européen.

Du côté des financements privés, nul doute que les entreprises mécènes seront plus intéressées pour accompagner une démarche novatrice, à fort impact sur leur image de marque qu’une association qui fait la même chose que des centaines d’autres associations.

Schneider Electric, par exemple, dans le cadre de son programme de mécénat BipBop (Business, Innovation & People at the Base of the Pyramid) noue des partenariats avec des ONG pour apporter une électricité « propre et sure » aux populations qui n’y ont pas accès. Avec la forte volonté d’impliquer les acteurs locaux, le programme finance en priorité des projets innovants, c’est-à-dire capable d’apporter une réponse énergétique adaptée aux contraintes et enjeux locaux.

mécénat et innovation socialePeut-être faites-vous partie de ces associations qui, finalement, innovent sans le savoir ? Si c’est le cas, il est grand temps de repenser la façon de présenter vos actions – si ce n’est déjà fait – pour changer le regard des autres, et notamment de vos bailleurs, sur vos actions !

 

Tags:

About

View all posts by