Tribu Solidaire

Le blog des solutions pour un monde solidaire

Collaboratif, solidaire… parle-t-on de la même chose ?

eco collaborative

La Tribune posait le 28 novembre dernier la question suivante : L’économie collaborative est-elle solidaire ? L’article soulignait que, si de nombreuses start-up de l’économie collaborative se vivent comme des start-up solidaires, « ce sont deux mondes différents qui se croisent sans se superposer. ». Cet article m’a donné envie de m’interroger sur les relations multiples et croisées qu’entretiennent l’économie collaborative et l’économie solidaire.

Un bref rappel…

Commençons par rappeler la définition de chacun de ces secteurs d’activité. L’économie collaborative englobe la consommation, la production, l’innovation ou encore le financement de « pair à pair », i.e. basée sur une collaboration et des échanges entre pairs. On parle actuellement beaucoup de ses aspects consommation (prêt, location, don, troc, ou vente de biens et services entre particuliers, covoiturage, échange de matériel entre voisins…) et financement (prêt, don, investissement participatif) mais l’implication de « la foule » dans l’innovation (voir Imagination for people dans le domaine social ou Innocentive dans le domaine industriel) et la production (le système d’exploitation Linux ou l’encyclopédie en ligne Wikipédia en sont les exemples les plus emblématiques) se développent de plus en plus. Elle a évidemment connu un développement exponentiel avec Internet et les réseaux sociaux qui permettent ce travail en commun et est en passe de devenir la prochaine révolution économique. Voir cet article du Monde qui en relate les grandes tendances.

eco collaborative

L’économie solidaire de son côté, autre tendance lourde du moment, regroupe toutes les activités économiques qui poursuivent un objectif social : lutter contre le mal-logement, favoriser l’accès à l’alimentation, permettre la réinsertion par l’emploi, lutter contre les discriminations…. la liste est aussi longue que celle des besoins sociaux et sociétaux peu ou pas satisfaits. L’économie solidaire n’est pas récente, même si elle prend actuellement un tournant majeur. En effet, au-delà des associations, structures qui luttent de longue date contre toutes les formes d’inégalités, un nombre croissant d’entreprises – de statut social (SCOP, coopératives, mutuelles…) ou pas d’ailleurs – développent des modèles économiques de plus en plus hybrides autour des problématiques sociales et sociétales.

economie solidaire

Ces deux tendance anticipent ce qui sera, de mon point de vue, le modèle économique du XXIème siècle : collaboratif et solidaire. Mais nous y reviendrons un peu plus loin…

Des valeurs partagées issue d’une dynamique commune

Si les frontières paraissent, de prime abord, aussi floues entre ces deux secteurs d’activité c’est qu’ils ont en commun des valeurs fondatrices. Cette convergence provient probablement du rôle joué par le mouvement coopératif dans le développement de l’économie solidaire en France dont les valeurs – démocratie, solidarité, responsabilité, pérennité, transparence, proximité, service – sont très proches de celles du mouvement collaboratif actuel – partage, coopération, transparence, autonomie – remis au goût du jour par le développement des technologies numériques et elles-même issues de l’open source. A bien y réfléchir, la démarche est d’ailleurs quasiment la même, celle d’une action collective, qu’elle prenne la forme d’une coopérative, structure ancrée dans des statuts, ou d’une collaboration émergente, plus agile et permise par Internet et les réseaux sociaux. La seconde n’est peut-être d’ailleurs que la renaissance de la première, chacune en phase avec les modes d’organisation de son époque.

Ne pas confondre la fin et les moyens

Mais il ne faut pas oublier que l’économie solidaire, aussi diverse soit-elle dans ses formes, est caractérisée par une finalité commune : apporter une réponse aux problèmes sociaux. L’économie collaborative, pour sa part, si elle emprunte des sentiers communs, ceux de la collaboration, n’en a pas pour autant forcément un objectif de solidarité. Comme le souligne Flore Berlingen, Co-Fondatrice de OuiShare (groupe de réflexion sur l’économie collaborative), dans un article très intéressant à ce sujet, « On peut questionner le fait de rassembler sous la même bannière des acteurs comme Airbnb qui lève des centaines de millions de dollars sur un modèle capitalistique on ne peut plus classique, et des projets ouverts, contributifs à valeur et/ou propriété partagée, comme des espaces de coworking autogérés ou des projets d’architecture open-source (ex. Wikihouse). Les modèles de création et de partage de la valeur sont très différents, voire divergents, mais ces initiatives relèvent d’une dynamique commune de développement des échanges de pair à pair. ». De grandes entreprises comme IBM ou Procter & Gamble ont d’ailleurs très bien compris la valeur qu’elles pouvaient créer pour leurs clients en s’impliquant dans des modèles collaboratifs. La première a largement contribué au développement du système d’exploitation LINUX en collaborant avec la communauté LINUX, ce qui lui a permis de développer une offre commerciale reposant sur l’exploitation de ce système d’exploitation. Procter & Gamble a, pour sa part, décidé d’externaliser auprès de « la foule » 50% de sa R&D, avec des résultats suprenants !  Source : « Wikinomics: Wikipédia, Linux, YouTube… comment l’intelligence collective collaborative bouleverse l’économie » , Don Tapscott. Ed. PEARSON). 

La collaboration au service de la solidarité

S’il faut donc bien distinguer « économie collaborative » et « économie solidaire » (vous noterez que je ne fais pas référence ici à l’économie sociale qui fait plus référence aux statuts – associations, mutuelles et coopératives – qu’à la finalité), je pense que la collaboration s’avère un formidable accélérateur pour l’économie solidaire. C’était d’ailleurs l’essence de même de Tribu Solidaire et aujourd’hui le cœur de ma réflexion sur ce blog. Comme le souligne Kriss Deiglmeie, spécialiste d’innovation sociale, dans un entretien accordé au média Youphil, « Si on regarde le continuum de l’IS [innovation sociale], il y a la phase de conception, la phase pilote et enfin la phase de diffusion. Ces partenariats [avec des ONG, des entreprises, des particuliers, des institutions…] sont avantageux pour trouver de nouvelles idées, mais pas nécessaires. Idem en phase pilote. Ils peuvent servir à atteindre différents acteurs, surtout s’il faut mettre en place une chaîne logistique. Mais c’est dans la troisième phase que ces partenariats 
deviennent cruciaux. Il y a dix ans, nous 
avons étudié les IS 
qui avaient réussi à 
se généraliser dans 
les trente dernières années. C’est lors de la diffusion qu’apparaissent les difficultés, et personne n’y parvient de manière isolée. ». Dit autrement : la collaboration est une condition nécessaire de réussite dès lors que l’on veut changer d’échelle dans le domaine de la solidarité. Personnellement, je pense que l’on peut élargir cette réflexion en intégrant clairement les bénéfices de la coopération ouverte, et pas seulement entre institutions, comme facteur clé de succès d’une initiative solidaire, ne serait-ce que parce qu’elle permet d’engager une réflexion avec les acteurs sur le terrain. C’est ce que fait déjà l’ONU, comme le montre le compte-rendu de cette initiative :pour améliorer son action sur le terrain, l’Agence pour les réfugiés des Nations Unies s’est lancée dans le crowdsourcing. Elle fait participer ses salariés, des universitaires, des partenaires et ses bénéficiaires eux-mêmes pour trouver des solutions.

HCR

Aujourd’hui, Internet et les réseaux sociaux permettent en effet l’émergence d’une collaboration multiforme et extrêmement efficace au profit d’enjeux sociaux. Je vous renvoie pour une présentation en détail à l’article que nous avions publié à ce sujet : « Le « crowdsourcing » ou comment mettre le monde entier au service de votre association ! »

Pour conclure, si la collaboration reste un moyen alors que la solidarité est une fin, les deux partagent le même ADN. Les réseaux sociaux et Internet sont, dans ce contexte, un formidable outil pour favoriser et accélérer la collaboration au service de tous. C’est dans ce mélange que réside, de mon point de vue, le modèle économique du XXIème siècle !

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