Tribu Solidaire

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Comment mobiliser votre communauté : les clés du crowdsourcing

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Il en va ainsi avec les médias… aujourd’hui, tous les projecteurs sont braqués sur le crowdfunding ou « financement participatif », censé régler les problèmes de financement que rencontrent indistinctement les créateurs d’entreprise, les associations, les artistes et tout porteur de projet pour peu qu’il ait une bonne idée ! Mais, au lieu de faire financer par la foule un projet que l’on va réaliser tout seul… pourquoi ne pas convier la foule à faire avec soi ?!!! Le crowdfunding n’est en effet qu’un partie du crowdsourcing ou « approvisionnement par la foule » qui désigne toutes les initiatives qui consistent pour une organisation à ouvrir son financement, sa recherche et développement, sa conception, sa production, sa distribution, voire même son mécénat ! (voir mon article à ce sujet sur une initiative récente portée par AXA) et à y impliquer l’extérieur, essentiellement via Internet. On ne compte plus les initiatives dans ce domaine, qu’elles soient portées par des entreprises (essentiellement), des collectivités publiques (de plus en plus) ou des associations (mais encore peu en France… à vrai dire pas à ma connaissance !). 

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Des exemples comme Wikipedia ou Linux montrent que le potentiel d’action et d‘innovation de la foule au service d’un projet peut être colossal et aller bien au-delà de ce qu’aurait pu lui fournir une démarche de financement participatif. Le projet Linux ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui – un système d’exploitation extrêmement puissant et robuste – s’il n’avait pas bénéficié de l’émulation d’une énorme communauté. De la même façon, Wikipédia n’aurait pas pu atteindre les presque 1,5 millions d’articles qu’elle compte aujourd’hui sans l’implication bénévole d’une communauté de plus de 1,6 millions de personnes (source : Wikipédia). Tribu Solidaire avait en outre déjà évoqué dans un précédent billet de blog (« Le « crowdsourcing » ou comment mettre le monde entier au service de votre association !« ) l’opportunité que cela peut représenter pour le secteur associatif. 

Reste à savoir comment mobiliser une communauté ?! Dans le cas de Wikipédia, c’est bénévolement que les internautes se sont impliqués. La passion semble avoir été un moteur déterminant du travail qui a été accompli par chaque internaute. Dans le cas de Linux, il semblerait que nombre d’internautes se soient impliqués en premier lieu pour pouvoir disposer ensuite d’un outil fiable et puissant qu’ils ne trouvaient pas sur le marché. Toutefois, pour aussi célèbres qu’ils sont, ces cas de crowdsourcing réussis ont certainement été des surprises totales pour Jimmy Wales, fondateur de Wikipedia, et Linus Torvalds, à l’origine de Linux. Essayons, ensemble, de prendre un peu de recul sur les leviers d’un opération de crowdsourcing réussie. 

Bien analyser les bénéfices et les coûts de la collaboration pour les contributeurs

crowdsourcingL’incitation à collaborer provient en général, consciemment ou inconsciemment, d’une analyse coûts / bénéfices de l’action par rapport à l’inaction. Il est donc crucial de se mettre à la place des personnes que vous voulez solliciter pour comprendre ce que vous aider peut leur apporter… et leur coûter ! Si l’analyse bénéfices / coûts est à l’avantage des premiers, il y a de grandes chances que vous emportiez l’adhésion ! Dans le cas contraire, vous risquez de ramer…. A vous de choisir les bénéfices que vous pouvez apporter à votre communauté grâce à cette expérience de collaboration.

Des bénéfices « intrinsèques » : plaisir, curiosité, altruisme, expérience…

Les bénéfices peuvent être intrinsèques à l’action ou à ses objectifs : plaisir, curiosité, altruisme, acquisition d’expérience…. En réalisant les actions de manière collaboratives, les personnes impliquées font des expériences qui, en tant que telles, leur apporte une expérience enrichissante. Soit qu’elles apportent du plaisir, qu’elles les stimulent intellectuellement, qu’elles leur permettent de mettre en pratique leurs savoirs-faire et donc d’être valorisées, ou enfin qu’elles fassent écho à leurs valeurs. Attention toutefois…. ce n’est pas parce que votre action est solidaire qu’elle va déplacer des foules car il y a du monde sur le « marché ». Par contre, il est important d’avoir ces éléments à l’esprit car proposer à des personnes extérieures à votre structure de collaborer de manière ludique ou excitante à un projet qui, en plus, a du sens peut se révéler très payant ! Un exemple intéressant à ce tire est la démarche de Sea Shepherd, association de lutte contre la destruction des écosystèmes marins, et plus précisément des baleines, requins ou encore dauphins. Au-delà de l’objectif (« Sauver les baleines« ), c’est l’expérience qui est proposée – vivre une expérience de pirate des mers, en marge de la légalité – qui, de mon point de vue, attire de nombreux bénévoles sur les bateaux de Paul Watson, son fondateur. 

Des bénéfices « extrinsèques » : rémunération, notoriété, réseau, expertise valorisée dans le travail, reconnaissance sociale…

Il n’en reste pas moins que les entreprises sollicitent de plus en plus, et avec succès, les internautes. Une entreprise comme Procter & Gambel’s s’est, par exemple, fixé comme objectif de trouver plus de 50% de ses innovations à l’extérieur de l’entreprise, auprès de la communauté mondiale des chercheurs. Pour ce faire, elle passe par des plateformes web spécialisées (ex : Innocentive) C’est évidemment en proposant des contreparties financières qu’elle attire les meilleurs, sans avoir à les salarier. En effet, les bénéfices attendus de la collaboration peuvent aussi être « extrinsèques » : rémunération, notoriété, réseau, expertise valorisée dans le travail, reconnaissance sociale… En résumé, la personne cherche un retour sur investissement. 

Des coûts qui ont fortement baissé grâce à Internet

La plupart des coûts de la collaboration sont inhérents au processus : fatigue, difficulté à formuler les conseils, temps nécessaire pour le faire, difficulté à se coordonner…. A ce titre, Internet et plus précisément le web collaboratif (2.0) ont diminué de manière extraordinaire le coût de la collaboration (recherche d’information, mise en réseau, partage, coproduction…) et accentué le caractère ludique de cette collaboration (outils faciles à prendre en main, visualisation en temps réel des progrès de la collaboration, interactivité…). C’est pourquoi les projets qui nécessitent de mettre en commun des informations sont ceux qui ont le plus bénéficié de mouvement collaboratif : ce sont ceux pour lesquels les coûts ont le plus baissé ! Dis autrement, il est moins coûteux pour un sympathisant de mettre en page chez lui le soir votre flyer plutôt que venir le distribuer dans la rue…. Il pourra en effet le faire rapidement, à un moment où il est disponible et avec moins de contraintes, de déplacement par exemple. Et au final y passera même peut-être plus de temps !

Intégrer les valeurs « socles » du collaboratif : coopération, transparence, partage et autonomie

Il faut toutefois noter que le monde du « libre » (en référence aux logiciels libres de droits, précurseurs de la production collaborative) véhicule des valeurs qui lui sont propres et qui sont fondamentales pour faire émerger la collaboration, quelles que soient les valeurs véhiculées par votre projet et votre objectif. Ces valeurs sont au nombre de 4 : Coopération, transparence, partage et autonomie. C’est ce que rappelle Don Tapscott, auteur du best-seller « Wikinomics: Wikipédia, Linux, YouTube… comment l’intelligence collective collaborative bouleverse l’économie » dans une instructive conférence TED que je vous (ré)invite à visionner ci-dessous.


  • La coopération n’est pas qu’un mot, c’est une véritable posture : accepter d’ouvrir le fonctionnement de son organisation vers l’extérieur et adopter des modes de fonctionnement souples et non hiérarchiques. Dans le cas contraire, vous ne serez jamais capable d’absorber ce qui vient de l’extérieur car la production collaborative est par définition itérative (essais – erreurs – corrections) et nécessite une communication permanente. 
  • L’organisation qui fait appel à l’extérieur doit être transparente sur sa mission, les enjeux de la collaboration, leur impact… La communication est donc ultra-nécessaire pour faire émerger la collaboration.  
  • Les fruits de la collaboration doivent servir à l’ensemble de la communauté (le « partage »), ce qui est plus évident quand le projet est d’intérêt général que quand il est porté par une entreprise. Mais pas forcément rédibitoire si l’entreprise partage le fruit de la collaboration et fait son business en parallèle (ex : proposer des services qui s’appuie sur le produit développé en commun). La question de la propriété intellectuelle de la production collective est donc cruciale, elle doit être ouverte : difficile de faire appel à la foule quand une minorité s’approprie les fruits du processus collaboratif. 
  • L’organisation doit accepter de laisser les collaborateurs autonomes. Il peut apparaître difficile de coordonner des personnes disparates mais c’est toute la magie d’Internet aujourd’hui : la fluidité de la communication qu’il permet rend inutile (au moins en partie) le travail de coordination par un supérieur hiérarchique (en général, c’est plutôt de modération qu’il s’agit, comme sur les forums).

Au final, proposer une expérience enrichissante avec une finalité motivante tout ceci dans un esprit de partage et d’ouverture sont les clés, de mon point de vue, pour mobiliser votre communauté ! Et peut-être serez-vous le prochain Jimmy Wales ! 😉

 

 

 

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