Tribu Solidaire

Le blog des solutions pour un monde solidaire

Entrepreneuriat social vs ESS, le faux débat

A l’origine de ce billet de blog (ou plutôt d’humeur), il y a cette tribune dans Libération écrite par Jean-Marc Gancille, co-fondateur de Darwin et Alexandra Siarri, adjointe au maire de Bordeaux « Après le greenwashing, le socialwashing ?« . Plus qu’une contribution supplémentaire au débat qui fait rage  entre les tenants de l’économie sociale et solidaire et ceux l’entrepreneuriat social, chacun pour défendre son modèle, il ma semblé que cette tribune posait une question essentielle, celle de la finalité des ces entreprises (« entreprise » au sens large s’entend, quel qu’en soit le statut).

Il n’existe en effet pas de « vrais entrepreneurs » sociaux – sous-entendus ceux qui exploitent le potentiel du marché pour développer leur solution – et des acteurs réellement solidaires – sous-entendu ceux qui choisissent les statuts de l’ESS pour mener à bien leurs actions. Pour être passée personnellement par là mais aussi pour accompagner régulièrement des porteurs de projets ou des structures à finalité sociale, j’ai compris qu’à partir du moment où on innove sur le produit ou le service [sous-entendu ici quand on apporte une réponse nouvelle à un problème social peu ou mal satisfait], on est condamné à innover sur tout le reste : organisation, modèle économique, circuits de distribution, gestion des ressources humaines, etc… On le sait depuis longtemps pour l’innovation techno. C’est aussi valable pour l’innovation sociale. Ils faut s’adapter en permanence ! Et poser des contraintes sur les façons de faire est le meilleur moyen de les planter. (voir ici le récit de mon expérience personnelle et de la façon dont ces contraintes ont condamné, de mon point de vue, ce projet).

Ce que je veux dire par là est que lorsque les valeurs (les auteurs de l’article de Libé en rappellent d’ailleurs les principales à juste titre : « lucrativité raisonnable, dynamique territoriale participative, pouvoir de décision non basé uniquement sur la détention de capital, mobilisation d’une part significatif des bénéfices sur des dispositifs favorisant le retour à l’emploi de public très éloigné du marché du travail, recherche permanente de l’autonomie et des capabilités de chacun… ») et la finalité sont clairement énoncées et intangibles (i.e. que des dispositifs assurent qu’ils seront respectés), le reste c’est de la cuisine. Personnellement, j’aime ce terme d’entrepreneuriat social car je l’entends au sens de « capacité à porter un projet, à le défendre envers et contre tout, à saisir les opportunités de le développer ». On ne trouve pas les entrepreneurs sociaux uniquement dans les entreprises qui œuvrent sur un marché. De nombreux responsables associatifs – pour ne citer qu’eux – font de l’entrepreneuriat social au quotidien, inventant en permanence des solutions pour trouver un financement, mener une action, mobiliser des bénévoles, avoir un local, promouvoir une nouvelle solution identifiée sur le terrain…

Cessons d’entraver la créativité de celles et ceux qui ont décidé de déplacer des montagnes pour lutter contre l’illettrisme, la violence conjugale, la faim, la précarité, l’exclusion, etc… en voulant les mettre dans des cases. Par contre, restons ferme sur nos valeurs et nos objectifs :  que ces nouveaux modèles qu’ils ou elles vont inventer soient, comme le disent Jean-Marc Gancille et Alexandra Siarri « plus partageux et inclusifs ». 

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