Tribu Solidaire

Le blog des solutions pour un monde solidaire

Le web 2.0 pour changer le monde ?

Qui oserait dénier aux réseaux sociaux, et en premier lieu Facebook et Twitter, le rôle qu’ils ont joué dans les révolutions arabes… ? Et pourtant, je me fais l’écho ici d’un débat, certes qui n’est pas tout récent sur la Toile, mais qui vient sérieusement nuancer cette vision : celui qui concerne le “slactivism”. Né de la fusion entre les termes “activism” et “slack” (qui signifie “négligent, peu sérieux”), ce néologisme dénonce un mouvement croissant, celui des “pseudo-activistes 2.0” qui se contentent de relayer un message en direction de leurs réseaux sans s’engager réellement. En effet, qui ne peut se prévaloir de n’avoir jamais, au hasard d’un message pour telle ou telle cause posté par un ami et défilant sur son mur Facebook, été faire un tour sur la page de la cause à défendre, avoir partagé le message ou cliqué sur “j’aime”… puis oublié la cause ?!

Selon cette approche, et contrairement à une idée très répandue, les réseaux sociaux pourraient être nuisibles à l’engagement en faveur de causes, au soutien réel et actif aux ONG, voire au bénévolat dont on connaît la crise actuelle. Soutien qui demande plus que des “clics de souris”… à minima de l’argent, voire des actions ! L’argument qui est avancé est intéressant : noyé dans la foule, chacun d’entre nous est d’autant moins incité à agir qu’il se repose sur les autres pour le faire à sa place. C’est ce qu’on appelle la paresse sociale ou “social loafing” : se donner bonne conscience en signant des pétitions en ligne ou en faisant circuler un message, relayer l’information sans réellement s’engager, que cela soit sur Internet ou “dans la vraie vie”

Révolutions arabes d’un côté, social loafing de l’autre… le contraste est saisissant et pourtant les outils sont les mêmes !! Je vois à cet apparent dilemme une explication simple : ce n’est pas l’outil qui changera le monde mais l’usage qui en est fait ! Pourquoi les réseaux sociaux ont eu un tel impact dans les pays arabes ? Parce qu’ils ont permis à des individus qui avaient un même objectif – renverser les dictatures qui les opprimaient depuis des années – de se fédérer et de communiquer dans le but d’agir. L’objectif était clair et défini dans le temps (le plus vite possible…) et les réseaux sociaux n’ont été qu’un moyen au service d’une fin. J’avais déjà évoqué dans un précédent billet que l’outil ne sert à rien s’il n’est pas au service d’une stratégie : de collecte, de mise en place d’actions, de lobbying, etc… claire, annoncée, définie dans le temps et pour laquelle l’association s’engage à donner un maximum d’informations aux personnes qui accepteront de s’y impliquer.

Je vois aussi une autre explication à la déception à propos du web 2.0 : le fait que la plupart des gens font l’amalgame entre le web 2.0 (ou web collaboratif) et les réseaux sociaux. Facebook ou encore Twitter sont des moyens de communication… donc ils permettent de communiquer ! CQFD. Or, communiquer ne suffit pas à impliquer, même si cette communication peut dorénavant être interactive (donc plus impliquante) et virale, grâce justement aux réseaux sociaux. Ces outils ont un potentiel de diffusion virale extraordinaire mais il ne faut pas leur demander plus qu’ils ne peuvent proposer… Pour aller plus loin, et permettre aux internautes de s’impliquer réellement, il faut leur en donner les moyens numériques et partir des usages pour proposer des outils… et non l’inverse ! Un exemple : Ushahidi, jeune start-up humanitaire africaine qui propose un service de cartographie collaborative pour permettre aux citoyens de décrire et géolocaliser les situations dont ils sont témoins (génocides, meurtres, déplacement de populations…) par sms ou via le web (voir article sur Youphil), cartes qui pourront ensuite être utilisées, par l’ONU par exemple, pour dénoncer des crimes de guerre et retrouver des témoins. Comme en Libye, où la carte a été visionnée plus de 45 000 fois dans les 3 jours qui ont suivi son édition.

Pour changer le monde, il faut certes plus que des clics de souris. Mais je suis intimement convaincue que si l’on donne aux gens la possibilité de s’impliquer, autrement qu’en relayant simplement une information, ils le feront ! Et qu’Internet nous offre des perspectives prometteuses pour proposer des engagements différents, à l’image d’Ushahidi. Proposons-leur des actions concrètes, des outils innovants… il ne tient qu’à nous de remplacer le slactivism par l’engagement en ligne.

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One Response

  1. Educ pop 2.0 | Pearltrees says

    […] Tribu Solidaire – Le réseau de celles et ceux qui s'engagent aux côtés des associations Né de la fusion entre les termes “activism” et “slack” (qui signifie “négligent, peu sérieux”), ce néologisme dénonce un mouvement croissant, celui des “pseudo-activistes 2.0” qui se contentent de relayer un message en direction de leurs réseaux sans s’engager réellement. En effet, qui ne peut se prévaloir de n’avoir jamais, au hasard d’un message pour telle ou telle cause posté par un ami et défilant sur son mur Facebook, été faire un tour sur la page de la cause à défendre, avoir partagé le message ou cliqué sur “j’aime”… puis oublié la cause ?! […]