Tribu Solidaire

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Les nouveaux leviers pour démultiplier l’impact social

J’étais vendredi (13 juin) à Paris pour la seconde édition de l’Ashoka changemakers’ week. J’étais allée à la première édition en juin 2011 sur le campus d’HEC et j’avais adoré l’énergie qui s’était dégagée de cette manifestation regroupant des centaines d’entrepreneurs sociaux et traditionnels venus à Paris pour porter haut et avec une énergie contagieuse la question de l’entrepreneuriat social comme solution aux problèmes sociaux et environnementaux de la planète. On sait depuis ce qu’il est advenu de ce concept, aujourd’hui largement médiatisé et soutenu en France et ailleurs dans le monde. L’objectif des échanges organisés cette année était tout aussi ambitieux qu’a pu l’être la question de l’entrepreneuriat social il y a 3 ans : démultiplier l’impact des entrepreneurs sociaux en changeant la société en profondeur… rien que ça ! Revue des leviers identifiés par Ashoka et des perspectives qu’ils ouvrent…

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« Cultiver la prochaine génération d’acteurs de changement »

educationLeadership, autonomie, prise d’initiative, créativité, travail en équipe…  ces qualités sont essentielles si l’on veut porter une vision de changement, quel qu’elle soit. Ajoutez-y une dose d’empathie et vous aurez les leaders sociaux de demain. L’idée d’Ashoka est simple : plutôt que de compter sur des générations spontanées d’acteurs de changement, cultivons-les ! L’éducation a donc été logiquement la première question au coeur des débats. En ciblant notamment le plus jeune âge, là où se construisent les valeurs et comportements mais pas seulement. Pour ce faire, les équipes d’Ashoka avaient identifié, pour nous les faire découvrir, un peu partout sur les territoires des enseignants, éducateurs, responsables de crèches ou d’associations qui portent cette vision nouvelle de l’éducation. Parmi eux, Claire ESCRIVA, est directrice d’ecolo-crèche, réseau de crèches qui mettent le développement durable au coeur de leur projet d’entreprise (voir son portrait, dressé par La Provence en 2009). Elle est venue présenter la façon dont le développement durable structure l’ensemble de l’organisation de la crèche (entretien, alimentation, gestion des déchets…) et surtout les activités proposés aux enfants. Objectif : inculquer profondément le respect de l’environnement dans les valeurs. A l’autre bout de la chaîne de l’éducation, si l’on peut dire, Marie Trellu-Kane, co-fondatrice d’Unis-Cité, à l’origine du service civique pour les jeunes de 18 à 25 ans. La mission d’Unis-Cité : « organiser et promouvoir le service volontaire des jeunes pour la solidarité, afin de contribuer à l’émergence d’une société d’individus responsables, solidaires et respectueux des différences ». En tant qu’enseignante à l’Université ou je suis aussi en charge des questions de sensibilisation et formation à l’entrepreneuriat, il est évident que j’ai été extrêmement sensible à ces initiatives. Initiatives dont le bon sens saute aux yeux mais qui auront du chemin à faire avant d’être généralisées dans nos écoles et Universités tant la valorisation des qualités des entrepreneurs sociaux présentées ci-dessus reste encore l’exception qui confirme la règle !

Nouer des partenariats de co-création et co-développement

J’avais déjà évoqué dans un précédent article le rôle des partenariats public – privé – société civile si l’on veut réellement que la dynamique engagée change d’échelle. Je vous invite à le relire en complément de cet article car j’y développe des arguments qui me paraissent fondamentaux et qui ont été au coeur des échanges : la complémentarité des acteurs qui construisent ensembles une véritable chaîne de valeur sociale et la réalité d’un deal gagnant (entrepreneur social) / gagnant (partenaire privé) / gagnant (partenaire public)…. et gagnant (utilisateur) ! Notamment au travers de l’exemple de la fondation CRESUS qui lutte contre le surendettement et qui était présente vendredi, au travers de son président Jean-Louis Kiehl. Je reproduits ici l’interview d’Arnaud MOUROT, co-directeur d’ASHOKA Europe, dans un article publié sur le site Internet lexpress.fr :  » Comment faire, par exemple, évoluer des services financiers qui restent terriblement inadaptés aux populations en situation de pauvreté? Jean-Louis Kiehl, avec l’association CRESUS – dont la mission est d’éradiquer le sur-endettement, ce désintégrateur de familles et de la société, en général -, s’est rapproché de La Banque Postale Financement (LBPF), filiale crédit à la consommation du groupe Banque Postale. Mission: « offrir des produits et services responsables et adaptés aux besoins ». L’idée: mieux répondre, ensemble, à des défis qui, pour être différents, favoriseront la mission de chacun.  LBPF manque de capacités (RH, compétences, etc.) pour gérer des clients au bord du sur-endettement, et ils finissent par lui coûter cher ; CRESUS est loin de détecter toutes les personnes à risque dans ce domaine, alors qu’elle veut et peut les aider. En bref, le système mis au point (notamment échanges institutionnalisés de formations et de bonnes pratiques, plateforme indépendante d’accueil par CRESUS proposée aux clients repérés par LBPF, etc.) bénéficie aux deux organismes, mais aussi et surtout aux populations visées qui, recevant un service mieux adapté, trouvent une chance de sortir de leur situation par le haut. Et la collaboration ne demande qu’à se développer et essaimer… » Dans ce cas, tous les acteurs ont bien à gagner à ce partenariat et la problématique sociale y est adressée dans sa globalité.

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Et c’est ce qui me parait très intéressant dans cette idée de co-création et co-développement : les partenariats ne doivent pas porter, comme c’est souvent le cas, uniquement sur les moyen financiers, même s’ils manquent encore clairement aux entrepreneurs sociaux, mais sur la conception et la mise en oeuvre de la réponse à apporter au problème. Une partie des causes du problème sont souvent, comme le montre très bien l’exemple de CRESUS, au-delà du périmètre d’action des entrepreneurs sociaux. Par contre, d’autres acteurs, privés ou publics (les banques dans ce cas), peuvent apporter expertise, information, relais terrain, etc.

Un oubli peut-être néanmoins de mon point de vue lors de ces journées : les partenariats de création avec la foule ou encore crowdsourcing. A l’heure, où les gens peuvent s’entendre grâce aux technologies de l’information et la communication pour concevoir ensemble la première encyclopédie en ligne (wikipédia) ou une voiture (wikispeed), il est évident que le potentiel des outils du web 2.0 pour démultiplier l’impact des entrepreneurs sociaux sur le terrain est énorme. Des clés à retrouver dans cet article : « Le crowdsourcing ou comment mettre le monde entier au service de votre association ».

Donner à voir des expériences, raconter des histoires, une méthode qui fonctionne !

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Cette journée a aussi été l’occasion de confirmer quelque chose que je savais déjà : la preuve par l’exemple est encore le meilleur moyen de convaincre du bien-fondé d’une initiative. Et Ashoka possède un vrai savoir-faire pour raconter l’histoire de ces entrepreneurs sociaux qui portent haut leur vision d’un monde meilleur, l’histoire aussi de ces entreprises qui ont eu envie de les accompagner, l’histoire de ces personnes qui donnent du temps et de l’argent pour les accompagner, tout cela créant un écosystème mêlant valeurs et professionnalisme, dans une alchimie pleine d’énergie. C’était déjà ce que j’avais ressenti lors des précédentes rencontres en juin 2011 et que j’ai retrouvée en 2014. Toutes ces personnes sont les preuves vivantes d’un écosystème qui fonctionne déjà et qui ne demande qu’à changer d’échelle. La feuille de route est donc toute tracée : faire parler des hommes et des femmes qui, individuellement ou au sein de leurs organisations, mènent des initiatives innovantes de co-création et d’éducation à la citoyenneté. C’est la méthode qui a fonctionné pour l’entrepreneuriat social… Et gageons que d’ici quelques années la co-création et l’éducation à la citoyenneté seront au cœur des discussions et des politiques et tant mieux !

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