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Les partenariats multisectoriels (privé / public / ONG) au service de l’innovation sociale

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Si les associations ont l’habitude depuis longtemps de solliciter les pouvoirs publics et les entreprises pour financer leurs actions, il n’en va pas de même pour développer en commun des projets à vocation sociale. Peut-être parce que de nombreux freins doivent au préalable être dépassés…. Et pourtant ces partenariats sont une occasion fabuleuse de démultiplier leur impact social. Revue des enjeux et freins des partenariats multisectoriels autour des projets d’innovation sociale.

Pour se développer les innovations sociales ont besoin de partenariats

Dans une interview très intéressante publiée sur le site Youphil, La théoricienne de l’innovation sociale Kriss Deiglmeier fait le point sur l’évolution du concept d’innovation sociale et livre sa vision de la décennie à venir. Elle met notamment l’accent sur le rôle des partenariats public – privé – société civile si l’on veut réellement changer d’échelle dans l’innovation sociale. En effet, si les phases de conception et de test d’une innovation sociale se font souvent au plus près du terrain par des acteurs de la société civile, Kriss Deiglmeier souligne que les innovations sociales qui réussissent à se diffuser sont, par contre, celles qui bénéficient de partenariats forts dans leur phase de développement. Partenariats avec des collectivités locales mais aussi avec des entreprises pour lesquelles le social représente une formidable opportunité de repenser ou d’améliorer leur modèle économique. 

Exemple proposé par Arnaud MOUROT, co-directeur d’ASHOKA Europe, dans un article publié sur le site Internet lexpress.fr :  » Comment faire, par exemple, évoluer des services financiers qui restent terriblement inadaptés aux populations en situation de pauvreté? Jean-Louis Kiehl, avec l’association CRESUS – dont la mission est d’éradiquer le sur-endettement, ce désintégrateur de familles et de la société, en général -, s’est rapproché de LaBanque Postale Financement (LBPF), filiale crédit à la consommation du groupe Banque Postale. Mission: « offrir des produits et services responsables et adaptés aux besoins ». L’idée: mieux répondre, ensemble, à des défis qui, pour être différents, favoriseront la mission de chacun.  LBPF manque de capacités (RH, compétences, etc.) pour gérer des clients au bord du sur-endettement, et ils finissent par lui coûter cher ; CRESUS est loin de détecter toutes les personnes à risque dans ce domaine, alors qu’elle veut et peut les aider. En bref, le système mis au point (notamment échanges institutionnalisés de formations et de bonnes pratiques, plateforme indépendante d’accueil par CRESUS proposée aux clients repérés par LBPF, etc.) bénéficie aux deux organismes, mais aussi et surtout aux populations visées qui, recevant un service mieux adapté, trouvent une chance de sortir de leur situation par le haut. Et la collaboration ne demande qu’à se développer et essaimer… »

Je trouve que cet exemple est une très bonne illustration que le partenariat (1) doit être gagnant-gagnant, c’est fondamental, (2) peut démultiplier l’impact social des actions engagées, c’est son objectif ! La force d’un projet qui implique des parties prenantes issues du privé, de la société civile ou encore du public est en effet que chacun amène des compétences différentes et complémentaires. Il est par contre important d’identifier ces compétences pour les mettre au service du projet. 

Les freins à la réussite de ces partenariats multisectoriels

Certes aller chercher dans d’autres secteurs des compétences et des moyens que l’on n’a pas en interne est une bonne idée… Mais la mise en oeuvre est souvent semée d’embûches. 

Une méconnaissance des partenaires potentiels 

Les associations ne pensent pas forcément que d’autres acteurs – notamment privés – peuvent avoir un intérêt à développer un projet avec elles, au-delà de la visibilité que peut conférer une action de mécénat ou une subvention. Elles pensent souvent à motiver une demande financière quand les entreprises sont beaucoup plus demandeuses de collaborations qui vont leur permettre d’innover, de trouver de nouveaux marchés ou encore de fidéliser leurs salariés. Elles ciblent en outre souvent les grandes entreprises, submergées de demandes, et ne pensent pas souvent aux PME locales pour lesquels ces partenariats sont pourtant souvent stratégiques car elles sont fortement ancrées dans un écosystème local. Révolution copernicienne : les associations ne sollicitent pas une aide mais apportent des solutions ! Aux problèmes de société… et par cet intermédiaire aux problèmes rencontrés par les entreprises et les pouvoirs publics comme le montre l’exemple du partenariat CRESUS – LBPF.

Des dynamiques de pouvoir qui peuvent entraver la collaboration

Comme le souligne Kriss Deiglmeier « Prenons par exemple les innovations sociales qui cherchent à développer des médicaments pour des maladies oubliées. Il y a parfois de grandes entreprises pharmaceutiques qui ont beaucoup de ressources et qui travaillent avec de petites ONG. Cela peut poser problème car cela crée un rapport de force déséquilibré. ». Quoi qu’il en soit, en général, lorsqu’un projet implique plusieurs parties prenantes, il arrive souvent que l’une d’entre elles prenne le leadership. Cela n’est pas un mal en soi mais cela peut faire s’éloigner le projet de son intérêt collaboratif. Il faut donc identifier quelles sont les qualités d’un leader collaboratif et le trouver pour ce projet. Dans le cas contraire, il sera difficile de maintenir dans le projet des acteurs qui peuvent avoir des intérêts différents. 

Des logiques institutionnelles différentes 

Si les entreprises suivent de fait des principes d’efficacité sur des périodes courtes, il n’en va pas de même de la société civile et des pouvoirs publics qui peuvent tolérer des effets sur des temps plus long et nécessitant des tâtonnements. Il faut donc que les choses soient posées clairement dès le début : quels sont les enjeux (économiques, électoraux, sociaux), les attentes, les contraintes pour chacune des parties prenantes ? Il découle aussi de ces différences structurelles souvent des cultures, et donc des façons de travailler, très différentes. Toujours instructives à confronter… quand on a conscience des différences ! Dans le cas contraire, on peut très vite aller au clash.

Au final, aller chercher au-dehors les compétences, les ressources, les idées pour servir de levier à un projet social requière des compétences de chef de projet, voir de chef d’orchestre ! Cela requière aussi une ouverture d’esprit et un lâcher-prise car ce projet ne sera plus seulement votre projet mais celui des tous les partenaires que vous aurez su convaincre. Mais, avec à la clé, un formidable coup d’accélérateur à vos idées ! 

Alors… on tente le coup ? 

 

 

 

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