Le « crowdsourcing » ou comment mettre le monde entier au service de votre association !

septembre 20, 2013 dans On en parle par La Tribu

Internet connecte les gens et il serait dommage de s’en priver, notamment pour vous mettre en relation avec une quantité potentiellement illimitée d’idées et d’informations pour un coût modique !

Petite revue du crowdsourcing (« approvisionnement par la foule ») : qu’est ce que ça veut dire ? Quelles implications pour le secteur associatif ? Quelles sont les limites et les dangers de ces nouveaux outils ? Et enfin comment adopter une démarche de crowdsourcing ?

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La puissance de la foule.

Fin 2012, plus d’un tiers de la population mondiale était connectée à internet, et près de trois quart possédait un téléphone. L’ascension fulgurante des nouvelles technologies et l’amélioration continue de l’accès au « réseau » a révolutionné notre façon de penser, d’agir, mais aussi de créer et de s’informer. L’amélioration technologique des outils a, en outre, permit une vraie révolution dans les usages : Blogs, réseaux sociaux, commentaires de posts, partages sur les réseaux sociaux, tweets, etc… chacun d’entre nous contribue aujourd’hui à l’énorme trafic d’informations qui circulent sur Internet.

Un gazouilli à priori confus… qui peut devenir extrêmement puissant quand il est organisé et orienté ! L’emblème de cette révolution 2.0 est certainement la plateforme d’encyclopédie libre Wikipedia, que l’on ne présente plus et dont la version française a dépassé en avril 2012 les 20 millions de visites par mois pour plus de 1,6 millions de contributeurs. Une référence en matière de création collective car réputée presque aussi fiable que l’encyclopédie Britannica par la revue Nature.

Et bien c’est tout simplement cela le « crowdsourcing » : exploiter le potentiel de la foule pour créer ensemble ! Petite explication en vidéo…

Des outils déjà largement utilisés dans le domaine humanitaire

Dans le secteur de l’aide humanitaire, le crowdsourcing peut permettre l’émergence de nouvelles idées, la réalisation de cartographies de crise, ou encore la coordination des secours après une catastrophe.

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Source : Irinews.org

Exemple : UNHCR Ideas, plateforme créée spécialement pour permettre à tous les membres de cette organisation (géante) de proposer et de voter pour des idées et des solutions pour aider les réfugiés. Premier thème abordé : venir en aide aux réfugiés dans les villes, souvent tentaculaires, des pays en développement. En trois semaines, plus de 100 idées : la création d’une série de bandes dessinées à destination des jeunes réfugiés qui pourraient aborder des sujets comme les violences faites aux enfants ; un portail en ligne pays par pays qui fournirait des informations essentielles aux réfugiés ; et la fourniture d’une aide juridique par des étudiants…. dont certaines vont rapidement être mises en place. Bref, la boîte à idées, version 2.0 !

Capture d’écran 2013-09-19 à 14.54.32Source : Irinews.org

Autre exemple : le programme UN Global Pulse, mis en place par l’ONU pour préparer l’agenda post 2015, « étudie comment exploiter les données – y compris les tweets, les publications Facebook et les données des téléphones portables – pour faire progresser le bien-être des populations. [Ce programme], mis à l’essai à Jakarta et Kampala – la capitale ougandaise – utilise les informations des médias sociaux, la presse en ligne, les historiques de recherche Internet et les données des téléphones portables pour favoriser un système d’alerte précoce et améliorer l’appréciation des besoins en situation de catastrophe et l’évaluation des programmes humanitaires/de développement. Ses travaux comprennent l’analyse des tweets en provenance d’Indonésie à l’aide de filtres de recherche par mots clés afin d’identifier les priorités du public pour l’agenda « post 2015 » et suivre l’inflation des prix de l’alimentaire. Les scientifiques et les ingénieurs de données analysent également les médias sociaux dans ce pays pour comprendre comment les gens y perçoivent l’immunisation. » (Source : irinnews.org)

Dernière exemple : le projet Voix des Kivus, porté par une équipe d’experts membres du centre d’étude et de développement stratégique de la Columbia University qui a pour objectif de munir des habitants de villages isolés de téléphones munis d’une puce GPS pour leur permettre de communiquer sur leur quotidien et ainsi pallier au manque d’informations sur la région. C’est ce qu’on appelle le  »crowdseeding », qui consiste à implanter (ou « semer ») des appareils de mesure – téléphones portables équipés d’une puce GPS par exemple – au sein d’un échantillon de population suffisamment représentatif, pour ensuite collecter des données de tous types et permettre par exemple de confirmer, ou non, une rumeur populaire.

Mais pas que !

Souvenez-vous de ces initiatives que nous vous avions présenté telles Third Eye – dans la lutte contre le handicap – offrant la possibilité aux malvoyants d’envoyer des photos dont les gens pouvaient fournir une description précise, ensuite traduite oralement, ou encore l’application de la LICRA – dans la lutte contre le racisme – permettant de géo-localiser les tags racistes pour qu’ils soient ensuite enlevés.

Les points forts de ces techniques

1/ Donner la parole aux populations comporte de nombreux avantages. Lorsque les études prennent des mois, voire des années avant de pouvoir être exploitées, le web offre un réservoir d’informations « de l’instant », permettant des prises de décisions éclairées, une anticipation des événements et des bouleversements, qu’ils soient naturels, économiques, sociaux, etc. et donc l’amélioration générale du bien-être des populations et une réponse rapide et adaptée en cas de crise ou de catastrophe.

2/ Par ailleurs, l’utilisation de données générées par la foule permet de réduire significativement les coûts de collecte de ces informations, souvent extrêmement élevés et donc peu rentables, notamment pour les petites structures. Toutefois, si les possibilités offertes sont quasi-infinies, il ne faut pas pour autant considérer ces solutions comme « miracles », car elles posent en réalité de nombreux problèmes tant pratiques, qu’éthiques.

Risques et limites

1/ Le risque de surcharge de données. En effet, on peut rapidement observer une surcharge des systèmes (en cas de catastrophe par exemple, l’activité est décuplée), mais surtout une difficulté supplémentaire pour identifier les faits pertinents. Car dans la quantité de données fournies, être capable de trier, classifier et enfin traduire les informations peut non seulement prendre un temps considérable, mais surtout relever du parcours du combattant ! La question des compétences est donc primordiale, et la nécessité d’adapter petit à petit le système se fait nettement sentir. Des solutions participatives ont déjà été envisagées, comme par exemple le fractionnement d’une tâche de longue haleine pour la confier aux « gamers » (joueurs de jeux vidéo), bien plus connectés que la moyenne : l’analyse des tweets envoyés lors de l’ouragan Sandy, confiée à ces « gamers » sur Facebook aurait été réalisée en 7 secondes, contre 5 jours pour le Digital Humanitarian Network, réseau de volontaires en ligne…

2/ La fiabilité des informations collectées. La perception personnelle des gens – par exemple dans le cadre d’une surveillance des épidémies – peut en effet fausser la description et l’identification des symptômes, comme par exemple une rumeur populaire, type « je suis sûre que j’ai la grippe A » alors qu’en réalité on a attrapé un simple rhume.

3/ Générer des inégalités dans l’accès à la prise en charge alors que l’objectif est inverse : l’accès inégal aux technologies peut en effet jouer quand par exemple les gens reçoivent plus d’informations sur une région spécifique en cas de sinistre : les fournitures et l’aide vont s’accumuler, laissant les autres, moins couvertes par les médias sociaux dans le besoin.

4/ Gonfler la crise : dans le cas particulier de l’humanitaire, on peut voir apparaître un phénomène à double tranchant. Certes en cas de sinistre, la surexposition médiatique va permettre aux gens de se mobiliser pour aider, mais bien souvent, ces « héros » solitaires ne seront ni préparés ni équipés pour intervenir, se mettant eux-mêmes en danger… S’en suit donc le fait que les secours vont devoir, en plus de s’occuper de la population en détresse, aider ces gens qui au départ ne voulaient qu’aider !

5/ Le respect de la vie privée : comment traiter et conserver les données dans le rspect de la vie privée ? Cela reste une question complexe…

Quelques conseils et outils pour votre association

Les initiatives présentées ici sont souvent réalisées avec des moyens conséquents mais des outils gratuits – pour certains que vous utilisez déjà – peuvent très bien suffire à mettre en place une démarche de crowdsourcing !

1/ Facebook et Twitter

Facebook et Twitter sont les outils 2.0 par excellence car ils vous permettent d’interagir avec votre communauté. Par exemple sur Facebook, un simple sondage peut vous permettre de recueillir des informations importantes. Ici, un sondage que nous avions fait pour voir si les gens apprécient ou rejettent les campagnes chocs pour convaincre.

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Twitter peut être encore plus puissant pour recueillir de l’information. Par exemple, vous êtes membre d’ « Assoloup », association spécialisée dans la protection et la réinsertion des loups. Demandez à votre communauté de vous envoyer un tweet @assoloup à chaque fois qu’un loup ou une trace de loup (déjection, etc…) est repérée avec les coordonnées GPS par exemple. A la clé, la possibilité pour vous de construire une carte plus précise des déplacements des animaux. N’hésitez pas à mobiliser votre communauté ! Si le jeu en vaut la chandelle, vous risquerez d’être surpris de l’implication des gens.

2/ Notre coup de coeur : la plateforme USHAIDI

L’association Ushahidi (qui signifie « témoin » en swahili)  propose en libre accès un système de plateforme pour recenser des événements : violences, crises humanitaires, épidémies, mais aussi pourquoi pas animaux, plantes, etc…. Initialement développée pour recenser – par sms, mms ou directement via le web – les violences commises au Kenya après les élections de 2008, l’outil a depuis été généralisé et est proposé en accès gratuit pour toutes les initiatives de recensement géographique collaboratif.

On aime le côté réutilisable, simple et open-source !

3/ Plus que des outils, le crowdsourcing est une démarche. 

S’adresser à la foule nécessite d’envisager de l’impliquer dans la réflexion et la conception des solutions. Donc d’ouvrir votre association sur l’extérieur. Les bonnes idées ne viendront peut-être plus de vous… encore faut-il avoir l’humilité de l’accepter et de valoriser les apports externes. Il me semble que c’est le principal enjeu lié à la mise en place d’une démarche de solidarité collaborative grâce au web…